Interview

Lucien Aimar : « Organiser, ça devient de plus en plus dur »


posté par Antoine Plouvin le 13/02/2012 à 19h30




Après de longues et nombreuses nuits blanches, Lucien Aimar, peut souffler et dormir sur ses deux oreilles. Son Tour Méditerranéen s'est achevé presque sans encombres. Pourtant, si on revient quelques semaines en arrière, les galères étaient nombreuses et son épreuve est passée tout proche de la sortie de route suite à un conflit financier avec la Ligue. Après des semaines de lutte acharnée, l'un des rendez-vous phares du début de saison hexagonale nous a réservé bien des surprises, à commencer par son vainqueur, le Britannique Jonathan Tiernan-Locke. Le froid aura marqué les esprits et posé bien des casse-têtes à l'organisation qui aura finalement dû concevoir sans sa mythique ascension du Mont Faron, en raison de la neige. Alors que l'heure est désormais aux bilans, Lucien Aimar, l'organisateur de ce Tour Med, revient avec Cyclism'Actu sur une édition 2012 renversante et en profite pour régler ses comptes avec ceux qui ont tenté de lui mettre la tête sous l'eau. Entretien.


Lucien Aimar, attaquons directement par les choses sérieuses, quel bilan tirez-vous de cette édition 2012 du Tour Méditerranéen ?


Commençons par le commencement, ça a été un accouchement très difficile ! Les problèmes ont commencé avec un conflit avec l’UNCP, ce groupe de la Ligue. Aujourd'hui ça me fait plaisir parce qu’il y a quelques anciens, quelques vieux routiers qui se disent coureurs cyclistes parce qu’ils ont porté un maillot et qui se permettent de faire des réflexions, et puis il y a les vrais ! Ceux que l'on a vu arriver ici malgré le froid, la neige, tous les coureurs. Dimanche matin, on ne comptait que deux abandons, voilà qui démontre que les coureurs sont en condition et veulent faire la course, on l’a vu dimanche. Ce sont ces derniers qui représentent la vérité, pas les autres. Parallèlement il y a eu le problème des autorisations. Cela était difficile car au fur et à mesure, de plus en plus de routes nous ont été interdites, on nous a rejetté vers des routes secondaires, et ça risquait de poser des problèmes de circulation, voire d’incident. Et pour couronner le tout il y a eu le mauvais temps qui ne nous a jamais quitté. Samedi nous avons été amenés à modifier le parcours, à faire un critérium de 110 kilomètres sur un circuit de 10 kilomètres. Ca a plu à beaucoup de gens, tous les coureurs sont venus nous féliciter, nous dire que depuis le départ nous avions pris de bonnes initiatives. Ça me fait chaud au cœur car on fait ça pour les coureurs, et dans la mesure où ils en sont conscients, ça fait plaisir. Ce dimanche nous aurions peut-être pu monter le Mont Faron. Si nous avions pris la décision un peu plus tard, je pense qu’on aurait pu monter puisqu'à 16h, les camions de l’arrivée ont réussi à descendre, donc s’ils pouvaient descendre, les coureurs auraient pu monter. Malheureusement, les pouvoirs publics en ont décidé autrement et on n’a pas voulu prendre de risques. Ce qui nous fait grand plaisir, c’est que nous improvisions une arrivée en cours de route, personne n’était au courant puisque ça c’est décidé à midi et finalement il y avait du monde, du public sur cette arrivée improvisée. Ça démontre que la presse est encore écoutée, je pense que c’est passé sur les radios, sur internet, il y avait beaucoup de monde malgré les imprévus et c'est une excellente chose. Le bilan est donc celui-ci : un Tour Méditerranéen difficile mais l’essentiel est que les coureurs ont trouvé leur compte et que le public, les médias et les sponsors trouvent le leur aussi.


« Endura Racing nous a fait un beau cadeau »


Sportivement, deux révélations avec Michel Kreder et Jonathan Tiernan Locke, c'est une bonne chose pour l'épreuve ?
Oui, en 39 ans d’existence il a été rare qu’un vainqueur du Tour Méditerranéen n’ait pas une grande carrière devant lui ou qu’il ait eu une carrière auparavant. Pour tout vous dire, nous avions huit équipes World Tour, huit Continental Pro et il nous restait deux places pour des Continentales. Une équipe s’imposait, c’était le Vélo Club La Pomme Marseille, car si les organisateurs régionaux ne les aident pas, qui le fera ? Et pour la dernière place, nous avons eu le désistement de l’équipe BigMat qui n’avait pas l’effectif suffisant, nous avons donc ouvert les portes à cette équipe Endura Racing, qui a bien marché puisqu’elle remporte deux étapes et le général. En sélectionnant cette équipe je m’étais attiré les foudres de la Ligue, notamment d’un grand bonhomme qui s’appelle Cyrille Guimard qui a dit « pourquoi prendre cette équipe-là alors que nous, nous sommes ici ? ». Mais Cyril Guimard, l’an passé il est arrivé avec cinq coureurs, je ne sais même pas s’ils ont terminé. Alors avant de critiquer les autres équipes, il faudrait peut-être faire le ménage autour de soi. Pour moi les seules instances qui comptent sont la Fédération Française de Cyclisme et l’Union Cycliste Internationale. Les commissions de la Ligue ne sont que des filiales de la fédération. Maintenant Cyrille Guimard prend ses responsabilités quand il fait des déclarations ou quand il dit que Endura Racing n’avait pas sa place dans le Tour Med’. Maintenant je crois que ladite équipe a prouvé le contraire c’est donc à lui de nous dire pourquoi il a critiqué cette équipe. Dans ma vie, je n’ai jamais critiqué un coureur, qu’il soit grand ou moins connu. Quand on est sur le vélo avec le maillot de son équipe, on est là pour souffrir. Il y en a peut-être qui souffrent plus que d’autres mais on respecte tout le monde et lui j’ai l’impression qu’il ne respecte personne.

Endura Racing est une équipe peu connue, mais il y a deux ans vous l'aviez déjà invitée, vous aviez eu du nez !
Initialement on avait sélectionné cette équipe sur recommandation de Stephen Roche. Et là c’est un beau cadeau qu’ils nous font car là ils ont fait la course, ils ont imprégné une vitesse, un punch énorme, il y a eu de la bagarre tous les jours, c’est une bonne chose. Le Tour Méditerranéen n’est donc pas réservé qu’à ceux qui ont un palmarès et peut ouvrir la porte à des jeunes. Les circonstances ont voulu que l’étape de Samedi soit reconverti en un critérium, dimanche le Faron et une boucle ont été annulée, mais quand un coureur a une opportunité qu’il crée lui-même et qu’il sait saisir pour aller gagner, c’est un beau coureur.


« Pour organiser il faut avoir la foi, il faut se battre… »


Ce n'est pas la première fois que le Tour Méditerranéen est contrarié par les intempéries, même si ça n'a jamais été aussi intense. De plus, vous subissez la concurrence d'épreuves plus exotiques comme actuellement le Tour du Qatar, pourtant vous réunissez toujours un beau plateau…
Le Tour Méditerranéen est une épreuve historique, qui a ses lettres de noblesse. Quand on regarde le palmarès, à une certaine époque les plus grands coureurs du cyclisme mondial y ont participé et beaucoup l’ont même gagné. Notre succès auprès des équipes s'explique aussi par le fait que le Tour Méditerranéen est à cheval sur certains principes et sur une certaine qualité d’organisation, notamment en ce qui concerne l’hébergement des équipes. Nous sommes très à cheval sur l’hébergement car au mois de Février, il ne fait pas toujours beau, on en a encore la preuve, et il faut donc que les coureurs soient logés dans des conditions optimales. Un autre facteur tient aux routes empruntées. Je lutte en permanence et suis constamment en conflit avec les pouvoirs publics et les conseils généraux pour les routes. Parce que les coureurs ne peuvent pas se permettre de faire du vélo, à fond, sur des routes dangereuses. Ensuite la sécurité et là je remercie les préfets qui nous donnent l’autorisation de fermer les routes pendant une heure, ce qui permet de rouler dans des conditions optimales. Seul le Tour de France bénéficie de la privatisation de la route mais nous on fait partie des épreuves où la route est également sécurisée de manière optimale et ça les coureurs y sont sensibles.

De plus en plus de courses disparaissent, l'avenir de l'Etoile de Bessèges qui a eu lieu la semaine passée est plongé dans l'incertitude. Organiser des courses cyclistes, ça devient de plus en plus difficile…
Ou ça devient de plus en plus dur, de plus en plus lassant... Pour organiser il faut avoir la foi, il faut se battre, il faut le faire dans un idéal. Moi, la foi je ne l’ai plus tellement, on y laisse sa santé, son argent… Quand en plus il y a des gens qui vous tirent dessus à boule et à blanc alors que ces gens sont plus ou moins payés par le vélo, ça fait quand même mal. Je comprends donc très bien les organisateurs qui commencent à se lasser car ils ne sont pas soutenus par les pouvoirs publics et par l’association des coureurs, c’est-à-dire la Ligue. A part les épreuves d’Amaury Sport Organisation, toutes les épreuves en France sont organisées par des bénévoles. Bessèges c’est une épreuve de famille, la Route du Sud, le Tour de l’Ain, le Tour du Haut Var aussi… Ces gens-là organisent par plaisir. Donc, à force de leur mettre des bâtons dans les roues, ils risquent de finir par jeter l’éponge. D’autant plus que tout le monde finit aussi par vieillir. Pour ma part, je pense que la Fédération devrait ouvrir des parenthèses pour essayer de mettre la Ligue au pied du mur en lui disant que la responsabilité de la Ligue n’est pas de critiquer mais c’est de défendre le cyclisme. Autrement le cyclisme, en France, perdra beaucoup de sa valeur.


« Je n’abandonne pas »


Vous appelez donc à une forme de solidarité de la famille du cyclisme…
J’appelle principalement à la responsabilité.

Les sponsors vous suivent ils toujours avec autant d'enthousiasme ?
Quand j’ai appris il y a trois mois, par les médias, que le Tour Méditerranéen n’aurait pas lieu, ça été diffusé dans toute la presse, les médias ont continué à nous soutenir, les collectivités nous ont toutes soutenues même si quelques villes ont pris peur. Dix-huit équipes étaient engagées elles ont toutes maintenues leur engagement, les têtes d’affiches ont maintenu leur participation, et ce sont des choses qui apportent du crédit à l’épreuve.

Pour conclure, vous n'avez jamais abandonné mais aujourd'hui on vous sent lassé, un peu dépité…
On a de plus en plus de difficultés, mais je n’abandonne pas. Je vais dans un premier temps régler le problème de ceux qui ont voulu couler le Tour Méditerranéen, en l’occurrence Arnaud Platel, le directeur administratif de la Ligue National de Cyclisme, Pascal Chanteur, le président de l’UNCP (Union Nationale des Cyclistes Professionnels) et les dénonciations calomnieuses de Cyrille Guimard. Je m’occuperais ensuite du Tour Méditerranéen 2013, mais il aura bien lieu ! Je n’ai pas passé près de cinquante ans dans le vélo, à souffrir et à respecter tous ses acteurs pour me laisser insulter ainsi. J’ai deux avocats qui sont prêts, ce sera un autre combat.


Propos recueillis par Antoine PLOUVIN (avec Alexandre ROLIN)


Photos : Antoine Plouvin / Tour Med'



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Les commentaires

C'est clair Lucien AIMAR a raison. Il faut davantage aider les bénévoles dans leurs démarches pour organiser....
Etre et avoir été coureur est une chose, mais c'est en se rendant de l'autre côté de la barrière (celle des bénévoles-organisateurs) que l'on découvre les nombreuses difficultés pour mettre sur pied les épreuves disputées sur la voie publique avec notamment toutes les démarches administratives où chacun se repose et ouvre son parapluie afin que ce soit l'organisateur qui en ressorte coupable s'il y a souci....
ALORS DONC RESPECT AUX BENEVOLES...

Ecouves61 le 13/02/2012 à 20h45

tres bonne interview; on apprend bcp de choses qui se passent en coulisse. mais le lucien est un dur à cuire, c'est un battant, comme quand il était sur le vélo. méme s'il a pris de la bouteille, il n'a pas peur !!!! chapeau à ces organisateurs qui ont bcp de mérite parce qu'ils aiment le vélo. çà nous change de la mentalité d'aso !! courage lucien !!!!

circus le 13/02/2012 à 20h54

Bravo d'avoir pu organiser ce tour med car bien des difficultés à surmonter. Et triple bravo d'avoir pu faire face aux problèmes logistiques de parcours générés par les conditions athmosphériques.
Lucien vous n'avez pas eu de chance, vous avez malgré tout "tenu".
Il faudra vous entourer pour persister dans l'organisation de cette épreuve dans les prochaines années.
Respect pour ce que vous faites pour le vélo!

jiji le 13/02/2012 à 21h17

Son fils ne s'appelle t-il pas Jean?

Jean le 13/02/2012 à 21h26

Elle est bien trouver Jean !

Max le 13/02/2012 à 21h29

Et le prénom du directeur du Cirque Amar, c'est Yann !

moustic le 13/02/2012 à 22h56

Si il y a eu absence de spectacle, c'est à cause de la mauvaise volonté des coureurs à faire la course. ET les organisateurs sont incompétents, c'est pas parce que Mr Aimar remporte le TDF en 66 grâce à Anquetil qu'il doit se sentir hors d'atteinte des critiques, car Mr Guimard est bien un des hommes les plus respectables du peloton, sans lui, nombre de pépites n'auraient jamais éclos

le plus beau, le plus fort... Bref, moi! le 14/02/2012 à 07h22

La FFC ferait bien de s'occuper de tous ces problèmes, sans compter sur la discrimination flagrante que subit le cyclisme par rapport aux autres sports comme le football, le tennis ou le rugby..., dans les modalités et les fréquences des contôles antidopages.

"Le premier principe du droit est l'égalité devant la Loi."

Une telle disparité selon le sport pratiqué et en totale contradiction avec les principes fondamentaux qui régissent nos sociétés tant au niveau national qu'européen.

Il serait temps de comprendre qu'il faut changer de stratégie en utilisant notamment les outils juridiques qui existent à différents niveaux, comme par exemple la COUR EUROPEENE DES DROITS DE L'HOMME qui à condamné par exemple en 2010 la disparité des tarifs des assurances automobiles entre les hommes et les femmes.

Dirigeants du cyclisme réveillez-vous!!!!

lagnose le 14/02/2012 à 09h00

Pauvre moustic le 13/02/2012 à 22h56
Affligeant et même pas drôle.

Nandaï_72 le 14/02/2012 à 15h41

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Commentaires

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